On l’appelle « taxe sur le vide » dans les couloirs des entrepôts, mais ce n’est pas une taxe au sens propre : c’est un ratio maximal, gravé dans l’article 24 du règlement européen PPWR (Règlement UE 2025/40), applicable depuis le 12 août 2026 mais dont le seuil chiffré n’entre en application qu’au 1er janvier 2030. Le surnom a survécu parce qu’il dit bien ce que redoutent les e-commerçants : payer, d’une manière ou d’une autre, pour avoir expédié de l’air.
Concrètement, un colis ne pourra plus contenir plus de 50 % de vide. Quatre ans, à l’échelle d’une refonte de chaîne de préparation de commandes, paraissent longs. Ils ne le sont pas vraiment : entre l’audit du parc de cartons existant, le choix des nouveaux formats et la mise à jour des consignes au poste de picking, la bascule se prépare sur plusieurs saisons, pas sur plusieurs semaines.
Ce que l’article 24 impose vraiment
Le texte est précis, et cette précision élimine plusieurs fausses bonnes idées qui circulent déjà dans le secteur.
Le taux de vide se calcule au niveau de l’emballage de transport ou de e-commerce : le volume total de la boîte, moins le volume de l’emballage de vente qu’elle contient, le tout rapporté au volume total. Au-dessus de 50 %, le colis n’est pas conforme.
Le piège le plus courant tient en une phrase : combler l’espace ne suffit pas. L’article 24 est sans ambiguïté sur ce point : frisures de papier, coussins d’air, film à bulles et billes de polystyrène comptent tous comme du vide, pas comme du remplissage. Un carton surdimensionné bourré de papier froissé reste, aux yeux du règlement, un carton à moitié vide.
Autre précision qui change la donne côté organisation : l’obligation pèse sur celui qui remplit l’emballage au moment de la fermeture, c’est-à-dire vous, l’expéditeur, et non sur le fournisseur qui vous a vendu la caisse vide. En cas de contrôle, c’est votre poste de préparation de commande qui est en cause, pas votre fournisseur d’emballages.
Un exemple suffit à mesurer l’ampleur du sujet pour beaucoup d’entrepôts. Un petit accessoire électronique, 20 × 15 × 8 cm, expédié dans un carton standard de 35 × 25 × 15 cm : le produit occupe 2 400 cm³ dans une boîte qui en offre 13 125. Le taux de vide dépasse 80 %. Ce n’est pas une exception isolée, c’est le format par défaut de la plupart des chaînes de préparation qui n’ont pas encore rationalisé leur matrice de cartons.
Trois leviers pour reprendre la main sur le vide
Passer aux caisses à hauteur variable
C’est le levier le plus direct, et souvent le plus rentable. Les caisses à hauteur variable, parfois appelées caisses télescopiques, sont pré-rainurées sur les quatre faces latérales. Un coup de cutter le long du bon rainurage, un repli des rabats, et la hauteur de la caisse épouse celle de la marchandise, sans découpe sur mesure ni gabarit spécifique.
L’intérêt dépasse la seule conformité réglementaire. Moins de vide, c’est mécaniquement moins de calage à acheter, moins de manutention à ce poste, et surtout un gain immédiat sur le poids volumétrique facturé par les transporteurs : un colis plus compact coûte souvent moins cher à expédier, indépendamment du PPWR. Pour les références à forte rotation, c’est un investissement qui s’amortit vite. Mieux vaut cibler d’abord vos dix ou vingt SKU les plus expédiés que vouloir tout convertir d’un coup.
Basculer vers des contenants souples sur les produits qui le permettent
Toute la marchandise ne justifie pas une boîte rigide. Pour le textile, la maroquinerie, ou plus largement tout produit non fragile et non friable, la pochette d’expédition souple, en kraft renforcé ou en plastique recyclé, épouse la forme du contenu au lieu de l’entourer d’un volume fixe. Le taux de vide s’approche alors de zéro, et le poids de l’envoi chute avec lui, ce qui joue une deuxième fois en votre faveur sur la facture transporteur.
La bascule demande un tri préalable : identifier, dans votre catalogue, les références pour lesquelles la protection rigide n’apporte rien de plus que la souplesse d’une pochette matelassée. C’est souvent une part plus large du catalogue qu’on ne l’imagine au premier passage.
Réviser la matrice de cartons plutôt que le format par défaut
C’est le chantier le moins visible, et probablement le plus rentable sur la durée. Dans la plupart des entrepôts, les préparateurs de commandes choisissent le format disponible le plus proche, par habitude ou faute de consigne précise, ce qui génère un vide structurel sur une grande partie des expéditions.
Croiser vos historiques de vente avec vos combinaisons de commandes les plus fréquentes permet de construire une matrice resserrée : cinq à huit formats bien choisis couvrent souvent l’essentiel d’un catalogue e-commerce, contre le double ou le triple aujourd’hui. Certains éditeurs de logiciels de cartonisation automatisent même cette recommandation de format à la volée, au moment du picking. Réduire le volume extérieur de la caisse pour l’ajuster à la marchandise n’est plus seulement une bonne pratique logistique : c’est désormais une exigence de minimisation de la conception au sens du règlement.
Par où commencer
Quatre ans avant l’échéance, l’urgence n’est pas de tout changer d’un coup, mais de lancer l’audit qui dira où porter vos efforts en priorité. Trois questions suffisent pour prioriser : quelles sont vos références les plus expédiées, quel est leur taux de vide actuel, et quel format alternatif existe déjà dans votre gamme ou chez votre fournisseur. Sur cette base, un pilote de quelques semaines sur les familles de produits les plus concernées vaut mieux qu’un plan pluriannuel qui ne démarre jamais.
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Pour resituer cette obligation dans l’ensemble de vos obligations PPWR (matière recyclée, substances préoccupantes, recyclabilité, déclaration de conformité), retrouvez notre guide complet PPWR 2026 : vos obligations lors de l’achat d’emballages.
Questions fréquentes
Le taux de vide s’applique-t-il aux colis expédiés hors Union Européenne ?
Non : l’article 24 vise les emballages mis sur le marché dans l’UE. Un colis expédié depuis la France vers un client hors UE n’est pas concerné par ce seuil, même si votre organisation de conditionnement reste identique.
Mes enveloppes matelassées comptent-elles dans le calcul du taux de vide ?
Oui : toute protection interne non collée directement à la marchandise (film bulle, mousse, papier froissé) est comptée comme du vide, y compris à l’intérieur d’une enveloppe déjà souple.
Dois-je remplacer tout mon stock de cartons avant 2030 ?
Non, l’échéance porte sur les colis expédiés à partir du 1er janvier 2030, pas sur votre stock actuel. Mais un audit et un début de transition progressive évitent un pic d’investissement la dernière année.
Comment mesurer le taux de vide réel de mes expéditions actuelles ?
En comparant, référence par référence, le volume extérieur du carton utilisé au volume du produit réellement expédié, une opération que la plupart des logiciels de cartonisation ou même un tableur avec vos dimensions catalogue permettent de faire rapidement sur un échantillon de commandes.